« Les vautours ne s’attaquent jamais à un animal en bonne santé »

« Les vautours ne s’attaquent jamais à un animal en bonne santé »

 Sous la plume de Michel MOUZE, Ancien Universitaire, Zoologiste, spécialiste des vautours.

Article paru le 12 juin 2021 dans la République des Pyrénées.

Des centaines de milliers d’années d’évolution ont fait, des vautours, des charognards stricts, incapables de tuer la moindre proie, et il leur serait impossible de revenir au statut de prédateur en quelques dizaines d’années par une simple «adaptation ». Et pourtant entre 2001 et octobre 2020, l’IPHB a recensé 524 témoignages évoquant des « attaques de vautours » sur du bétail. Une étude réalisée dans les Causses sur de nombreuses plaintes d’éleveurs, a pourtant montré que jamais, dans les cas vérifiés par des vétérinaires, les vautours ne s’étaient attaqués à des animaux en bonne santé. Il a été affirmé, sur la base de calculs contestables, que les vautours seraient « beaucoup trop nombreux » pour les ressources alimentaires disponibles, et que leurs populations « crèveraient de faim » (sic). Une simple constatation suffit pour anéantir une telle hypothèse : les populations de vautours dans la région connaissent, ces dernières années, un accroissement annuel de… 7 %. Ceci signifie que les ressources alimentaires sont amplement suffisantes pour garantir la vie et la reproduction de ces oiseaux, qu’il n’y a pas de surpopulation chez les vautours et que ceux-ci ne « crèvent pas de faim » ! Rappelons qu’ils sont capables de prospecter très loin, jusqu’à 150 ou 200 km, pour trouver leur nourriture. Quand un animal meurt dans la nature, il est très vite repéré par les vautours qui descendent à proximité et se disputent l’accès au cadavre : c’est la curée, un spectacle d’une sauvagerie telle que la carcasse, agitée en tous sens, peut donner à l’observateur l’illusion qu’elle est encore en vie. Et une fois la brebis réduite à son squelette, ils s’envolent : ils ont fait leur travail de nettoyeur, stoppant la propagation de pathogènes éventuels tout en évitant le recours à l’équarisseur. C’est d’ailleurs le rôle des « placettes de nourrissage » dont l’utilisation impose, autant que possible, d’éviter tout contact ou rapprochement avec les hommes (110 de ces placettes ont été installées dans les Causses, à la grande satisfaction des éleveurs). Au cours des millénaires passés, l’évolution a sélectionné les individus capables de reconnaître, d’instinct, les animaux dont le comportement atypique est révélateur de problème : maladie, entrave, mise bas imminente… Les vautours vont le repérer rapidement, s’en rapprocher et attendre… Si, par exemple, la mise-bas se déroule normalement, les oiseaux n’insisteront pas et s’en iront. Dans le cas contraire, les charognards attendront la mort du bétail avant de se lancer. Certaines très rares fois, quelques-uns pourront même « devancer l’appel » en se disputant le placenta, ou l’utérus sorti de la vache lorsqu’il y a extrusion, accélérant de ce fait l’issue fatale. S’il n’est donc pas impossible, dans quelques cas exceptionnels, que les vautours commencent à manger un animal « pas encore tout à fait mort », celui-ci était de toute façon condamné à très brève échéance. Pour un charognard, les ressources alimentaires sont, par nature, aléatoires, dispersées dans l’espace et dans le temps. Ne sachant ni quand, ni où ils pourront se nourrir la prochaine fois, ils ont tout intérêt à engloutir le plus possible de viande lorsqu’ils en ont l’occasion. Mais tous les individus n’en sont pas au même niveau dans leurs réserves de graisse, et certains sont probablement plus motivés et peut-être plus hardis que d’autres pour approcher des animaux « pas encore tout à fait morts ». Autrement dit, il n’y a probablement pas d’individus « déviants » par nature qu’il serait judicieux d’éliminer pour régler le problème : ça ne servirait à rien. On entend souvent les éleveurs affirmer, de bonne foi, que leur animal était en parfaite santé peu avant l’arrivée des vautours. Ils ne doivent pas oublier que chez les moutons ou les bovins, certaines maladies foudroyantes font mourir en quelques minutes un animal qui ne manifestait aucun symptôme une heure auparavant. Ayant étudié ces oiseaux pendant plus d’une vingtaine d’années, je n’ai jamais observé une quelconque attitude menaçante à mon égard ! Ceci veut dire qu’un éleveur qui remarque des vautours à proximité de ses animaux, ne risque rien à avancer dans leur direction : les vautours vont s’enfuir. Alors, quand je vois rapportée l’histoire de cette « randonneuse poursuivie sur le GR10 par une quarantaine de vautours qui la regardaient d’un œil mauvais » (sic)… une telle ineptie me désole car elle n’a pour effet que d’apeurer le public. Je conseille donc, à qui voudrait garder un minimum de crédibilité, d’éviter de colporter ce genre de bêtise.

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